VIÊT-MINH


VIÊT-MINH
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VIÊT-MINH

L’appellation Viêt-minh est un abrégé de «Viêt-nam doc lap dong minh-hoi», ou Ligue révolutionnaire pour l’indépendance du Vietnam. La création en fut décidée par le VIIIe plénum du comité central du Parti communiste indochinois, convoqué par Hô Chi Minh en mai 1941, après l’écrasement au Tonkin, en Annam, en Cochinchine, des différents soulèvements anticoloniaux et antijaponais. Elle regroupait, à la base, des partis nationalistes clandestins, voire le Parti du nouvel Annam, le Parti communiste indochinois et la Section indochinoise de l’internationale antifasciste, ainsi que de nombreuses organisations formées pour la libération nationale parmi les paysans, les ouvriers, les jeunes, les femmes et des unités de guérillas. Le 8 septembre 1941, Nguyên Ai Quoc (Hô Chi Minh) annonçait solennellement au peuple vietnamien la création de cette ligue, dont l’emblème est un drapeau rouge à étoile d’or, et mettait au point un programme détaillé en matière politique, économique, éducative, sociale, internationale, à longue échéance, et un plan de pratique politique d’application immédiate. Son objectif primordial était de libérer le pays de la domination franco-japonaise; on y subordonnait les intérêts de toutes les classes sociales. Son programme préconisait, d’ailleurs, la confiscation des terres appartenant aux impérialistes pour les distribuer aux paysans pauvres, la réduction des fermages et du taux d’intérêt, enfin le partage équitable des terres communales, toutes mesures propres à réaliser le mot d’ordre: «La terre à ceux qui la travaillent.» Se réclamant de l’ensemble de la nation, Hô Chi Minh déclarait vouloir s’associer au front commun antinippon groupant les puissances démocratiques: Grande-Bretagne, Chine, États-Unis. À ces derniers, il demandait armes, munitions et aide psychologique, sans que soit entamée son autonomie politique bien définie. L’organisation de ce parti historique prit corps dans la ville de Jinji, petite bourgade chinoise limitrophe de la frontière du Tonkin, et Hô Chi Minh s’appliqua immédiatement à créer un réseau de résistance quadrillant tout le Vietnam, et particulièrement les régions stratégiques du haut Tonkin, «zones des minorités» Thai et Nguyên, où il établit de plus un cordon sanitaire à la frontière chinoise. C’est dans cette province de hautes montagnes, qui restera jusqu’en 1954 un des principaux bastions du Viêt-minh, que le jeune professeur d’histoire Vo Nguyên Giap devait tenir le maquis à partir de 1942.

Après le coup de force japonais en 1945, les forces militaires et administratives françaises s’écroulèrent, laissant le Vietnam dans un vide politique complet. À la faveur de cette situation, le Viêt-minh se rendit maître du Vietnam du Nord sans coup férir. Menant une campagne de sabotage intensive contre les Japonais, il fournit aux Alliés, et notamment aux Américains, des renseignements de la plus haute importance, et reçut en contrepartie de ces derniers un matériel important dont le parachutage était organisé par l’Office américain des services stratégiques (O.S.S.).

D’autre part, grâce aux armes récupérées après la capitulation japonaise du 15 août 1945, Hô Chi Minh réussit à donner au Viêt-minh un potentiel stratégique supérieur à celui des différents groupes nationalistes de droite et à celui des régiments français.

Les rapports entre le Viêt-minh, où l’implantation communiste demeure forte, et les Chinois du Guomindang restent très ambigus. Bao-Daï tente de constituer un gouvernement Viêt-minh; il échoue et abdique. Hô Chi Minh rompt alors les liens qu’il pouvait encore avoir avec le gouvernement provisoire de la République vietnamienne, basé en Chine, et crée au Nord-Vietnam son propre «Comité vietnamien pour la libération du peuple», composé en majorité de membres du P.C.I. et du Viêt-minh. Dissous peu après, ce comité se transforme en «gouvernement provisoire de la république démocratique du Vietnam» dans lequel Hô Chi Minh assure la présidence et les affaires étrangères. Le 2 septembre 1945, il proclame l’indépendance du Vietnam.

Le mois précédent (16 août), le Congrès national du Viêt-minh, réunissant des délégués de nombreux partis et organisations politiques, différents groupes ethniques et religieux, avait élaboré un programme en dix points:

Conquérir le pouvoir et fonder une république démocratique du Vietnam, sur la base d’une indépendance totale;

Armer le peuple;

Confisquer les biens des impérialistes pour les nationaliser ou les distribuer aux pauvres;

Abolir les impôts institués par les Français et les Japonais; leur substituer une fiscalité juste et légère;

Promulguer les droits fondamentaux du peuple: droit de l’homme, droit à la propriété, droits civiques (suffrage universel, libertés démocratiques, égalité entre tous les groupes ethniques, entre l’homme et la femme);

Adopter des mesures agraires: partage équitable des terres communales; réduction des fermages et des taux d’intérêts; ajournement des dettes; secours aux sinistrés;

Promulguer une législation du travail: journée de huit heures, fixation d’un salaire minimum, création des assurances sociales;

Édifier une économie nationale indépendante, développer l’agriculture, créer une banque nationale;

Créer une éducation nationale: lutte contre l’analphabétisme, enseignement élémentaire obligatoire, édification d’une culture nouvelle;

Entretenir des rapports amicaux avec les Alliés et les pays luttant pour leur indépendance.

L’autorité du Viêt-minh se répand sur la Cochinchine, de sorte que l’ensemble de l’État vietnamien passe sous le contrôle de cette organisation de résistance. Faisant preuve d’une étonnante prévoyance politique, elle ne compte plus que sur elle-même, continue de se défier du Guomindang, et réussit à regrouper les soldats vietnamiens de l’armée française, démoralisée par le coup de force japonais. Ces recrues formeront plus tard l’embryon de l’armée populaire vietnamienne (Vietnam quan doi nhan-dan). Le Viêt-minh a alors franchi avec succès le cap de sa première bataille contre les adversaires nationalistes et leurs protecteurs chinois. Il lui restait à venir à bout de l’armée française.

Jusqu’en 1954 (retraite des forces françaises), ses partisans constitueront le fer de lance de la lutte anti-impérialiste — réalité que le général Leclerc avait reconnue; il avait tenté de persuader le gouvernement français d’abandonner l’Indochine. En mai 1946, le Viêt-minh, en vue de réaliser la plus large audience possible et d’assurer de ce fait une plus grande souplesse et efficacité à son action, décide de se transformer en un autre parti, le «Lien-Viet» ou «Front national unifié», organe militant et bien discipliné qui porte à sa présidence Ton Due Thang, communiste de la première heure qui a participé à la fameuse mutinerie de la mer Noire avec André Marty. Ainsi, la ligue Viêt-minh, née en exil dans les montagnes du Guangxi en mai 1941, avait bien rempli sa mission en réunissant les éléments vietnamiens hétérogènes dans la lutte pour l’indépendance.

Après sa disparition en tant qu’organisation autonome, «son nom, haï, craint ou admiré, devait rester pour toujours attaché au régime d’Hô Chi Minh et entrer dans le mythe de la république démocratique du Vietnam comme son premier titre de noblesse» (Bernard Fall).

Viêt-minh
(abrév. de Viêt-nam Dôc Lâp Dông Minh Hôi, "Front de l'indépendance du Viêt-nam") parti nationaliste à prépondérance communiste fondé par Hô Chi Minh (1941) qui mena la guerre contre les forces japonaises, puis françaises (1946-1954).

Encyclopédie Universelle. 2012.

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